J'ai quelque chose à dire...
Ce furent les premiers mots que je prononçai sur mon lit d'hôpital. Il n'y avait personne... seulement moi et cette terrible réalité. Electrocardiogramme me bippant, me rappelant que j'étais en vie : j'aurais préféré une autre issue.
J'aurais préféré, oui, avoir ma gorge tranchée plutôt que la sensation d'une « chose » grandissant en moi... J'aurais voulu nettement que mon cœur cesse de battre... au lieu de ça, il me chantonne à tue-tête qu'il a mal... Saloperie...
J'avais la gorge nouée, et une envie grandissante de me faire mal, de me tuer... mais pourquoi ne me contenterais-je que de moi ? Ce monde pourri le méritait plus que moi après tout, non ? L'affiche devant moi me narguait avec son slogan « On aime vous aider » ! Ah bon ? Depuis quand des personnes en aident d'autres ?
Je voulais débrancher ce maudit « bip, bip » de plus en plus rapide, mais me retenais, je ne voulais pas voir d'autres personnes... C'était une singulière compagnie qui n'écoutait pas ce que je disais, qui ne me rassurait pas quand j'étais pas bien, qui n'essayait pas d'atteindre à mon intimité.
La barbe... J'avais l'impression de revenir en arrière... au moment de l'accident. Les fils de perfusion devenaient des cordes entourant mes bras et l'affiche, devant mes yeux, se vidait de son encre pour former cette silhouette... Je l'aurais bien pris, maintenant, tout de suite ! Mais je n'avais pas la force... Je n'étais même pas en forme pour mettre fin à ma propre vie, alors à quoi bon.
Je suppliais intérieurement à cette silhouette de mettre fin à ma souffrance, mais dans ma vision, ce n'était pas son but... Elle voulait me faire revivre chaque moment, se délecter de ma douleur. Je criais alors qu'elle me pénétrait. C'est la pire des choses qui me soient arrivées... et elle était toujours là, en moi...
J'ai quelque chose à dire... Sauvez-moi de cette « chose » à l'intérieur... Tuez-moi le démon qui rôde autour des salopes, des naïves comme moi...
Parce que sinon, vous verrez, je m'enfuirai de cet hôpital... et j'enverrai par courrier l'embryon que ce violeur m'a foutu...